Portage Salarial vs SASU : Le Comparatif Complet 2026
Vous êtes consultant, développeur, chef de projet ou expert métier, et vous hésitez entre le portage salarial et la SASU ? Vous n'êtes pas seul. Chaque année, des milliers d'indépendants en France se posent exactement cette question.
La réponse mérite mieux qu'un simple comparatif de charges sociales. Car le véritable enjeu, ce n'est pas le net en fin de mois, c'est ce que vous gagnez réellement quand on intègre tout : la protection sociale, l'épargne défiscalisée, les droits au chômage, la retraite, et le temps que vous ne passez pas sur l'administratif.
Ce guide analyse les deux statuts en profondeur, avec des simulations chiffrées et des exemples concrets, pour vous aider à prendre une décision éclairée.
Comprendre les deux statuts en quelques mots
Le portage salarial : indépendant et salarié à la fois
Le portage salarial est un dispositif encadré par la loi du 25 juin 2008 et par une convention collective étendue en 2017. Il repose sur une relation tripartite : vous (le consultant), votre client, et la société de portage qui vous emploie en CDI.
Concrètement, vous trouvez vos missions et négociez vos tarifs. La société de portage se charge de la facturation, des déclarations sociales et de votre bulletin de paie. En échange, elle prélève des frais de gestion, généralement entre 4 % et 12 % du chiffre d'affaires.
Le point essentiel : vous cotisez à l'ensemble des régimes sociaux des salariés. Assurance chômage, retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, mutuelle, prévoyance, droit à la rupture conventionnelle. C'est cette couverture complète qui fait toute la différence dans le calcul global.
La SASU : la liberté totale, la responsabilité aussi
La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) est une société à part entière. Vous êtes à la fois président et unique actionnaire. En tant que dirigeant assimilé salarié, vous bénéficiez du régime général de la Sécurité sociale, mais sans l'assurance chômage.
La SASU permet d'optimiser la rémunération via un mix salaire/dividendes, ce qui réduit le poids des cotisations. Mais cette optimisation a un coût caché que beaucoup de consultants découvrent trop tard.
Les charges sociales : un match plus serré qu'on ne le pense
Le raisonnement le plus fréquent est le suivant : « Les charges en portage sont plus élevées, donc je gagne moins. » En réalité, c'est plus nuancé.
En portage salarial, le taux de charges total (patronales et salariales) représente environ 53 % du CA après frais de gestion. Ces charges financent une protection sociale complète : chômage, retraite complémentaire, prévoyance, mutuelle.
En SASU, les charges sociales sur la rémunération du président atteignent environ 65 % du brut. Pour les réduire, beaucoup de présidents choisissent de limiter leur salaire et de se verser des dividendes, soumis à la flat tax de 30 %.
Mais les dividendes ne génèrent aucun droit social. Ni trimestres de retraite, ni couverture prévoyance, ni points AGIRC-ARRCO. En optimisant le court terme, vous sacrifiez votre protection à long terme.
Le cas de Sophie, consultante en conduite du changement
Sophie facture 520 € HT par jour, travaille 18 jours par mois sur 11 mois, soit un CA de 102 960 €.
En SASU, avec un mix 70 % salaire / 30 % dividendes, son net disponible est d'environ 53 200 € par an. Mais elle n'a aucun droit au chômage, pas de PEE/PERCOL, et sa retraite complémentaire est calculée uniquement sur la part salaire.
En portage salarial (frais de gestion 5 %, PEE/PERCOL activé à 5 000 €/an), son net disponible est de 47 800 €. La différence apparente est de 5 400 € en faveur de la SASU.
Mais quand on intègre les droits acquis (ARE annualisée (13 800 €/an sur la base de 18 mois d'indemnisation), indemnité de rupture (3 200 €/an), PEE/PERCOL net (4 500 €/an), retraite complémentaire et CPF), la rémunération globale de Sophie en portage atteint 69 800 €, contre 53 800 € en SASU. Le portage est devant de plus de 16 000 € par an.
Les droits au chômage : un capital invisible considérable
C'est sans doute l'avantage le plus sous-estimé du portage salarial. En tant que salarié en CDI, vous cotisez à l'assurance chômage. Après six mois de cotisation minimum, vous pouvez bénéficier de l'ARE (Aide au Retour à l'Emploi) pendant une durée pouvant aller jusqu'à 18 mois pour les moins de 55 ans (convention 2025, en vigueur jusqu'en 2028).
Le calcul de l'ARE repose sur le Salaire Journalier de Référence (SJR). Pour un consultant avec un salaire brut annuel de 57 000 €, l'ARE mensuelle est d'environ 2 300 €, soit un capital total d'environ 41 400 € sur 18 mois (source : France Travail). Les 55-56 ans peuvent être indemnisés jusqu'à 22,5 mois, et les 57 ans et plus jusqu'à 27 mois.
Ce capital est invisible tant que vous êtes en mission. Mais il constitue un filet de sécurité précieux en cas d'intercontrat prolongé, de reconversion professionnelle, ou simplement de besoin de souffler.
En SASU, vous ne cotisez pas à l'assurance chômage. En cas d'arrêt d'activité, le capital disponible est exactement zéro.
L'épargne salariale PEE/PERCOL : une niche fiscale réservée aux salariés
Le PEE (Plan d'Épargne Entreprise) et le PERCOL (Plan d'Épargne Retraite Collectif) sont des dispositifs d'épargne salariale encadrés par les articles L3332-1 et suivants du Code du travail.
Les sommes versées sur ces plans sont exonérées d'impôt sur le revenu à l'entrée. Seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent à la sortie. Pour un consultant dans une TMI à 30 %, verser 5 000 € sur un PEE représente une économie d'impôt immédiate de 1 500 €.
Ces dispositifs sont réservés aux salariés. En SASU ou en micro-entreprise, ils n'existent tout simplement pas. Toute épargne constituée provient d'un revenu déjà pleinement fiscalisé.
Le cas de Marc, architecte SI à 600 € de TJM
Marc travaille depuis 4 ans en portage salarial avec un TJM de 600 €. Chaque année, il verse 6 000 € sur son PEE. Avec sa TMI à 30 %, il économise 1 800 € d'impôt par an.
Après 4 ans, son PEE contient environ 26 000 € (capital + rendement moyen de 5 %/an), entièrement défiscalisé à l'entrée. S'il avait constitué la même épargne en SASU, il aurait dû générer environ 37 000 € de CA supplémentaire pour obtenir le même résultat net après impôts et charges.
La rupture conventionnelle : un capital de sortie garanti
En portage salarial, votre CDI vous ouvre le droit à la rupture conventionnelle, régie par les articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail.
L'indemnité légale est de 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 au-delà. Elle est exonérée de cotisations sociales et d'impôt dans la limite de deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (92 736 € en 2025).
Mais surtout, la rupture conventionnelle déclenche l'ouverture des droits à l'ARE. C'est la combinaison indemnité + chômage qui fait la puissance du dispositif.
En SASU, quitter son activité ne donne droit à rien. Vous fermez la société et vous vous retrouvez sans revenu.
La gestion administrative : un gouffre de temps en SASU
C'est un aspect souvent sous-estimé par les candidats à la SASU.
En SASU, vous devez gérer : la rédaction et la mise à jour des statuts, l'assemblée générale annuelle, le dépôt des comptes au greffe, la comptabilité complète (bilan, compte de résultat, liasse fiscale), les déclarations de TVA, la gestion de la paie du président, et les obligations sociales URSSAF. Le coût d'un expert-comptable oscille entre 150 € et 300 € par mois.
En portage salarial, tout est inclus dans les frais de gestion. Votre seule obligation est de remplir un compte-rendu d'activité (CRA) chaque mois. La société de portage gère la facturation, les relances, les bulletins de paie, les déclarations URSSAF, et les attestations.
Pour un consultant qui facture entre 400 € et 700 € de TJM, chaque heure passée sur l'administratif est une heure non facturée. Le temps gagné a une valeur réelle et mesurable.
La retraite : l'angle mort de l'optimisation SASU
Les deux statuts permettent de valider des trimestres de retraite de base. Mais la retraite complémentaire fait une différence considérable.
En portage salarial, vous cotisez au régime AGIRC-ARRCO comme tout salarié (accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017). Sur une carrière de 20 ans en portage, les points AGIRC-ARRCO peuvent représenter 30 à 50 % de votre pension totale.
En SASU, si vous privilégiez les dividendes, comme beaucoup le font pour « optimiser », vous ne cotisez pas pour la retraite complémentaire sur cette part. C'est l'un des pièges classiques : en minimisant les charges aujourd'hui, vous amputez sérieusement votre pension demain.
Alors, pour qui la SASU reste-t-elle pertinente ?
Il serait malhonnête de dire que le portage convient à tout le monde. La SASU conserve un intérêt réel dans certains cas : si votre ambition est de bâtir une entreprise avec des salariés, des investisseurs et une marque propre ; si votre CA dépasse largement 150 000 € et que vous souhaitez capitaliser dans votre structure ; ou si votre activité n'est pas éligible au portage (négoce, artisanat).
Mais pour un consultant qui facture entre 400 € et 800 € de TJM, qui travaille en mission chez des clients, et dont l'objectif est de maximiser sa rémunération tout en se protégeant, le portage salarial est, mathématiquement et humainement, le choix le plus rationnel.
Ne vous fiez pas au net apparent. Regardez le package global. La différence est souvent plus importante que ce qu'on imagine.
Sources et références
Comparez avec vos propres chiffres
Notre simulateur calcule votre rémunération globale en portage salarial, SASU et micro-entreprise. Résultat en 30 secondes.